Le racisme en chacun de nous

Publié le 10 Mai 2026

Racisme aux E-U
Un Afro-Américain buvant de l'eau uniquement réservée aux gens « de couleur » (colored men). - Oklahoma City, 1939
Le racisme en chacun de nous

Mon racisme, ton racisme, son racisme, le nôtre, le sien, le leur, celui de tout être humain. La différence de l'autre dérange chacun d'entre nous à de divers degrés. Je ne me veux pas provocatrice ici, mais simplement vraie, au plus profond de moi-même et que chacun d'entre vous en fasse de même.
C'est le raisonnement qui nous fait antiracistes pas le premier mouvement au plus profond de nous.

Mon fils face à un noir

La première fois que mon fils, à quatre ans, vit devant lui un noir, très haut pour lui, tout là-haut la figure noire, il s'arrêta, le noir aussi, très habilement, il sut qu'il fallait attendre face à ce petit d'homme blanc.

L'enfant resta là de longues minutes à regarder cette face noire, sans réaction, juste surpris. Que se passa-t-il dans sa tête ? Puis le noir parla en allant vers l'enfant qui se "défripa" et sourit. Là, c'était le premier geste du petit blanc face à l'étrangeté. Pas d'hostilité simplement de la surprise qui l'avait fait s'arrêter net.

Nous nous apprivoisons

Nous sommes tous ainsi. Nous regardons, observons, nous nous apprivoisons [Petit Robert — apprivoiser : rendre moins craintif ou moins dangereux… Plus sociable] à chaque fois. Nous devons faire appel à notre cerveau, notre raisonnement, à chaque fois qu'une figure nouvelle et différente se trouve à nos côtés. C'est en faisant connaissance, en les écoutant, les fréquentant, que nous nous apercevons qu'ils sont identiques à nous.

Au Sénégal

Au Sénégal, j'emmenai un jour une amie Juive-Algérienne, cultivée et intelligente, dans les rues d'une petite ville. Nous étions les seuls blancs. Tout ce noir qui nous environnait la paniqua. Elle s'arrêta paralysée ne pouvant plus avancer. Je lui parlai calmement, l'a pris par la main et lui fixai un but : traverser la place pour aller monter dans la carriole à cheval là-bas qui pourrait la ramener au camp de vacances.

Cela dura de longues minutes. Je n'avais qu'une peur qu'elle se mette à hurler ce qui aurait paniqué les humain-noirs qui nous environnaient. La panique est contagieuse et mauvaise conseillère. À mon grand soulagement, elle finit par décoller ses pieds du sol…

Peur de la différence ?

En revenant à Paris, je me dis que les noirs de Paris devaient avoir les mêmes réactions que mon amie : tous ces blancs autour d'eux…

Et je fus contente d'avoir exploré moi-même ma réaction jusqu'au bout en restant plusieurs mois au Sénégal, en fréquentant les quartiers et les villages dans lesquels j'étais la seule blanche, tout ça toute seule, maîtrisant ma peur, en raisonnant, je m'étais vaincue : ils n'avaient pas les mêmes coutumes ou vêtements, mais nous étions bien tous des êtres humains avec des sentiments, des émotions, des sensations, pas les mêmes, mais des identiques.

Racisme sud de la France

Combien d'autres fois dans les rues de villages du sud de la France où sont en grand nombre des Marocains, additionnés à une hostilité des blancs qui les tutoient, les méprisent et le font sentir à chaque geste, je trouvai toutes sortes de raisons pour m'adresser aimablement à ces Marocains, pour deux raisons : m'apprivoiser moi-même et leur montrer que tous les blancs ne sont pas incorrects.

Et donc nous avons pour tâche nous apprivoiser nous-mêmes, faire connaître à d'autres qu'ils sont comme nous ces êtres humains qui semblent différents et faire savoir à ceux qui sont débordés par leur frayeur qui les rend agressifs et qui rejettent sans réfléchir, qu'il faut simplement apprendre…

Publié dans #Racisme, #Noirs

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